Le village préféré des Libanais : #8 Rachaya el-Wadi, havre de paix au pied du mont Hermon

Date: Thursday, July 21, 2016
By: Caroline HAYEK
Source: L'orient le jour


Nous sommes tous un peu de Rachaya el-Wadi. Le village, patrimoine historique de Wadi el-Taym, est l'une des rares localités libanaises pouvant revendiquer la palme du vivre ensemble réussi depuis près de 100 ans, entre druzes et chrétiens. Et la générosité des Rachayotes est légendaire.
Si les historiens ne s'accordent pas sur l'origine de son nom – Rachaya veut dire sommet en syriaque, mais Rishaya, ou tête d'Aya en araméen, viendrait d'Aya, le dieu babylonien, de la pluie et des tempêtes – ceux qui foulent sa terre n'en ressortent pas totalement indemnes.
Sa rue principale de 250 mètres de long, pavée de plus 40 000 pierres taillées à la main, et ses femmes druzes cachées derrière des persiennes, plongent inexorablement le visiteur dans les gravures de l'époque du mandat français.
Au petit matin, le soleil émerge fièrement par-delà le mont Hermon, et vient frapper les toits de tuiles rouges. L'odeur du pain sur le saj et du café moulu fait sortir de son sommeil le plus réticent. Chez Joséphine, le kechek vert mis à sécher profite déjà des premiers rayons. Comme de nombreuses femmes du village, elle fabrique elle-même ses produits fromagers. Des voisins viennent frapper à sa porte en espérant pouvoir repartir avec de la labné de chèvre ou de la ricotta.
À quelques encablures de sa maison, des promeneurs sortent de l'hôtel Bellavista. Le gérant, Michel Zoughaib, dit Mike, ancien producteur de films durant les années fastes de la capitale, était retourné dans son village natal pour y ouvrir une auberge. Un peu plus bas, le village se met en branle. Les producteurs agricoles installent leurs fruits et légumes sur leurs devantures. Le souk s'anime peu à peu, et les premières voitures viennent rompre le voyage dans le temps dans lequel le visiteur était propulsé. Walid Zaki, à la moustache impeccable, attend le chaland. Dans son bric-à-brac, un portrait en plâtre d'Aristote côtoie des sacs en crocodile ramenés par des voyageurs du Brésil, des boucles d'oreilles en falamank ou des assiettes fêlées. Avant de devenir brocanteur, il fabriquait des sobias (poêles), l'un des produits artisanaux qui ont fait la renommée de Rachaya. Les artisans-bijoutiers, eux, continuent de perpétuer le savoir-faire ancestral. L'argent et l'or habillent plus que jamais les vitrines du vieux souk.

Trois pierres chacun...
En contrefort, se dresse la citadelle de Rachaya. Ultime témoin de la face sanglante de la Campagne de Syrie à l'époque du mandat français, mais également des premiers balbutiements de l'indépendance du Liban, ses pierres épaisses et disparates en racontent les intrigues. La gardienne des lieux, Wafaa Zaki, en connaît tous les recoins. Sur des pans de murs, sont disposées ici et là des photographies de visages d'enfants, de vieillards, chrétiens et druzes, ou de personnages politiques qui ont vécu ou foulé le sol de Rachaya. Parfois, des équipes de cinéma y plantent leur décor.
C'est sur des ruines romaines que les croisés vont, au XIe siècle, faire de la forteresse un pivot stratégique, perché à 1 400 mètres d'altitude. Sur la route Damas-Jérusalem, marchands comme pèlerins qui passaient par là ne pouvaient ainsi échapper au contrôle des chevaliers chrétiens. Les galeries souterraines et leurs multiples cachettes témoignent encore de l'ingéniosité de ces chevaliers-bâtisseurs. Un siècle plus tard, les émirs Chéhab en chasseront les propriétaires et réaménageront la citadelle à leur guise. Métamorphose oblige, la bâtisse délaissera le rigorisme architectural des forts croisés pour embrasser le style des palais chéhabiens. À l'époque, chaque villageois se devait d'apporter trois pierres afin de participer à la construction. D'où une certaine dysharmonie curieuse des murs, qui confère au lieu davantage de mystère encore.
En 1920, les Français pénètrent dans la citadelle et prennent le contrôle du village. Mais le soulèvement du Jabal el-Druze , mené par Sultan el-Atrache en 1925, ne va pas tarder à gagner la bourgade. Le 22 novembre de la même année, plus de 400 combattants druzes vont perdre la vie lors du siège de la citadelle. Moins de 20 ans plus tard, celle-ci va être le berceau de l'indépendance libanaise. Dans une pièce froide et sans fenêtre, un portrait de Béchara el-Khoury est posé sur un chevalet. C'est ici même que, le 11 novembre 1943, le président de la République, le chef du gouvernement Riad Solh, Camille Chamoun et d'autres hommes politiques seront emprisonnés par les Français. Quelques jours plus tôt, le Liban se dotait d'un drapeau et déclarait l'arabe langue officielle. Leur libération, 11 jours plus tard, marquera d'un sceau la date de l'indépendance... le 22 novembre !

Pèlerinage nocturne
Étape incontournable lors de la visite du village, la citadelle est désormais lieu de rassemblement et de fêtes pour les villageois. Tout comme son souk, qui s'anime l'été lors de dégustations de produits locaux. Quatre églises anciennes se nichent au détour des ruelles. Des messes sont toujours dites dans les deux églises grecques-orthodoxes. L'église syriaque Mar Moussa el-Habachi (XVIIe siècle) n'ouvre que très rarement ses portes. Quant à la grecque-catholique, elle est tristement laissée à l'abandon. Chaque 6 août, la municipalité organise un pèlerinage nocturne au sommet du mont Hermon pour commémorer la fête de la Transfiguration. Cet épisode de la vie de Jésus, relaté dans les Évangiles, fait référence à son changement d'apparence corporelle pendant quelques instants de sa vie terrestre, afin de révéler sa nature divine à trois disciples. Ceci se serait produit sur le mont Hermon. L'ascension du sommet, qui culmine à 2 814 mètres, permet d'apercevoir la Syrie, la Palestine, la Jordanie et même parfois Chypre, selon les dires des habitants. Des initiatives se sont notamment mises en place afin d'inscrire le mont Hermon sur la carte touristique religieuse internationale.
Tous les chemins mènent à Rachaya. Mais il y en a un qui, au crépuscule, sous un chêne multicentenaire, à l'ombre des regards du village et de l'imposant mont Hermon, a tout d'un havre de paix. C'est là que depuis plus de cent ans, les au revoir se font, et les adieux parfois...


Comment y accéder
Rachaya el-Wadi se situe dans la Békaa-Sud, à 85 km de Beyrouth.
Compter 1h30, voire 2h, de trajet en voiture en passant par Chtaura, puis à droite vers Jeb Jannine. La route qui passe par Anjar est plus rapide, mais moins pittoresque.
À ne pas rater
La citadelle historique
Le vieux souk
Les églises historiques
Le Festival de Rachaya du 1er au 14 août, entre fêtes de la Transfiguration et de la Vierge, concerts (Amer Zayan, al-Forsan al-Arbaa, etc.), camping sur le mont Hermon, jeux et animations pour les enfants à la citadelle, lâcher de lanternes, balades à vélo, kermesse et feux d'artifice. Pour les détails du festival, contacter Dany Zougheib au 03 502449.
Des randonnées et des sorties en 4x4 sont organisées sur demande, avec la mairie. Contact : Dany Zougheib.
Acheter la mouné, le labné et le fromage de chèvre ou encore le miel de chez Rachaya Gardens, Linda et Farès Fayek, Joséphine el-Hadi Bou Maarouf, Jamal Mahmoud et Nagi Rechrach.
La limonade à l'ancienne de hajj Nicolas Maalouli, café typique à l'entrée du souk.

Fiche technique
– 4 000 à 6 000 habitants
– Altitude : entre 850 et 1 600 mètres.
– Président du conseil municipal : Bassam Dalal
Union des municipalités de Jabal el-Cheikh : 08 590 055
Cofondatrice du Développement du Caza de Rachaya et du Comité du festival du caza de Rachaya, Liliane Jamo Maalouli : inma2rashaya@gmail.com.
– Où dormir
Bellavista Hôtel : 03 504 905 ; Hôtel al-Kanz : 71 447 033 ; Dar Mehdi : 03 963 378 ; Kamal el-Sahili, maison d'hôtes : 03 615 702
– Restaurants
Les plus typiques : Mach'hour : 03 639 852 ; Betmoun : 08 595 165 ; Layali Wadi el-Taym : 03 665 317, et Monte Santo : 70 840 680
– Climat : climat très agréable, ensoleillement de près de 290 jours par an. En hiver, froid et neige. En été, peu chaud et sec. Air d'une rare pureté.





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